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MARTIN GRAY

MARTIN GRAY
Martin Gray, né Mietek Grayewski, est un écrivain juif franco-américain, d'origine polonaise, né à Varsovie le 27 avril 1922[1].

Il est connu pour son livre Au nom de tous les miens, dans lequel il décrit une partie de sa vie et notamment le drame d'avoir perdu à deux reprises toute sa famille, d'abord dans les camps d'extermination nazis, puis dans l'incendie de sa maison dans le Sud de la France.

Sommaire [masquer]
1 Biographie
1.1 Seconde Guerre mondiale
1.2 Déportation
1.3 Après la guerre
1.4 Activités philanthropiques
1.4.1 Fondation Dina Gray
1.4.2 Arche de la Défense
1.4.3 Coordination française pour la Décennie
2 Œuvre
2.1 Bibliographie
3 Distinctions
4 Source
5 Voir aussi
5.1 Films
5.2 Liens externes
6 Notes et références



Biographie [modifier]

Seconde Guerre mondiale [modifier]
Le 1er septembre 1939, les nazis envahissent la Pologne. Martin Gray a alors dix-huit ans. Transféré dans le ghetto de Varsovie où son père travaille au Judenrat, il trouve le moyen d'en sortir en soudoyant des soldats nazis et devient ainsi un contrebandier. Plusieurs fois par jour, il fait des allers-retours pour ramener de la nourriture dans le ghetto grâce aux tramways. Lors d'une rafle, son père est attrapé pour être déporté. Grâce à ses connaissances, Martin lui sauve la vie en l'aidant à s'échapper.


Déportation [modifier]
Plus tard, sa mère, ses deux frères et lui-même sont déportés à Treblinka, où sa mère et ses frères sont exterminés immédiatement. Compte tenu de sa santé physique il n'est pas tué, et travaille dans divers kommandos, dont les sonderkommandos, qui sont chargés d'extraire les corps des chambres à gaz. Il réussit à s'échapper de ce secteur et à retravailler dans les secteurs de réception des déportés.

Il travaille alors dans un kommando chargé de trier le linge et de le charger dans les wagons. Il peut ainsi s'enfuir de Treblinka en se camouflant dans un wagon. De nuit, il se jette hors du train et traverse divers villages où il informe la population de ce qui se passe à Treblinka, mais personne ne le croit.

À son retour à Varsovie, il retrouve son père, qu'il croyait mort, mais qui sera abattu devant ses yeux, quelques jours après lors de l'insurrection du ghetto.

Il rejoint ensuite l'armée rouge où il finit la guerre, et marche sur Berlin le 30 avril 1945.


Après la guerre [modifier]
Après la guerre, il décide d'aller rejoindre sa grand-mère maternelle à New York en 1947.

Il s'y enrichit en vendant à des antiquaires américains des porcelaines et des lustres non antiques, qu'il fait fabriquer en Europe[2].

Citoyen américain en 1952[3], il conquiert en 1959 l'amour de Dina, qui devient sa femme. Ils s'installent dans le Sud-Est de la France, à Tanneron, non loin de Mandelieu, où il devient exploitant agricole.

Le 3 octobre 1970, lors de l'incendie du Tanneron, il perd sa femme et ses quatre enfants[4]. Au bord du suicide[5], il décide de lutter pour devenir un témoin et trouve encore une fois la force de survivre[6] et l'écriture devient alors pour lui une thérapie.

Depuis, Martin Gray s'est remarié et est père de cinq enfants.

En 2001, après plus de quarante ans passés dans le Var, Martin Gray s'installe en Belgique, à Bruxelles.


Activités philanthropiques [modifier]

Fondation Dina Gray [modifier]
S'attachant à faire vivre le souvenir des siens, il créa la fondation Dina Gray[7] à vocation écologique, chargé de lutter contre les incendies de forêts et pour la protection de l'Homme à travers son cadre de vie.


Arche de la Défense [modifier]
Martin Gray a été le président de l'Arche de la Défense à Paris durant plusieurs années (1989-2001).


Coordination française pour la Décennie [modifier]
Il est également membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.


Œuvre [modifier]
Malgré une douzaine d'ouvrages publiés[8], Martin Gray dit ne pas se considérer lui-même comme écrivain, mais plutôt comme un témoin. « Je n'écris pas, je crie » affirme-t-il dans une interview récente[9].
Ses livres sont au service de ses activités philanthropiques, comme le montre la préface de Max Gallo à Au nom de tous les miens : « Martin Gray voulait dire sa vie. Parce que, pour les siens disparus, pour lui-même, pour sa fondation, il avait besoin de parler, besoin qu'on sache.[10] »



Bibliographie [modifier]
Au nom de tous les miens, en collaboration avec Max Gallo, (ISBN 2-266-12221-5)
La prière de l'enfant, (ISBN 2-266-06854-7)
La maison humaine, (ISBN 2-221-04640-4)
Le nouveau livre, (ISBN 2-221-00528-7)
La vie renaitra de la nuit, (ISBN 2-221-06304-X)
Le livre de la vie, (ISBN 2-266-07918-2)
Les forces de la vie, (ISBN 2-221-00206-7)
Vivre debout, (ISBN 2-221-07723-7)
Les pensées de notre vie, (ISBN 2-232-11348-5)
Entre la haine et l'amour, (ISBN 2-221-06969-2)
J'écris aux hommes de demain, (ISBN 2-221-01277-1)
Au nom de tous les hommes, (ISBN 2-268-05182-X)

Distinctions [modifier]
2007 : citoyen d'honneur de la commune d'Uccle, en Belgique.
Prix international Dag Hammarskjoeld pour Au nom de tous les miens.
Docteur honoris causa de l'Université américaine de Paris, de l'Université de Genève de diplomatie et relations internationales
Médaille d'or du Mérite européen.

Source [modifier]
Les éléments biographiques sont empruntés pour une bonne part au livre de Martin Gray Au nom de tous les miens[11].

Voir aussi [modifier]

Films [modifier]
Au nom de tous les miens, film de Robert Enrico, 1983
Seeking Martin Gray, film de Frits Vrij sorti en 2007

Liens externes [modifier]
(fr) martin-gray.fr, Le site officiel de Martin Gray
(en) martingray.eu, Le site de Martin Gray
(fr) Entrevue avec Martin Gray, par Steve Proulx

Notes et références [modifier]
↑ site officiel de Martin Gray [archive]
↑ Martin Gray, Au nom de tous les miens, Paris, Laffont, 1971, rééd. Pocket, 1998, pp. 327-329 et 332.
↑ Notice biographique, Who's Who in France, 2008
↑ [pdf] igf.minefi.gouv.fr, Étude sur les aléas naturels et leurs enjeux, octobre 2005, « Quelques catastrophes récentes en France », page 21 [archive]
↑ Martin Gray, récit recueilli par Max Gallo, Au nom de tous les miens, éd. Robert Laffont, Paris, 1971 ; coédition Robert Laffont-Opéra Mundi, Sélection du Reader's Digest, 1972, p. 168
« Et j'ai voulu arracher à un gendarme ce revolver qui ferait taire les hurlements en moi [...]. Je ne me suis pas tué. J'ai voulu. je n'ai pas pu : on a veillé sur moi. [...] »
↑ Martin Gray, récit recueilli par Max Gallo, Au nom de tous les miens, éd. Robert Laffont, Paris, 1971 ; coédition Robert Laffont-Opéra Mundi, Sélection du Reader's Digest, 1972, p. 170
« [...] Mais j'avais renoncé au suicide, il me fallait donc vivre jusqu'au bout. »
« [...] Je ne veux pas que Dina, mes enfants soient morts pour rien, je ne veux pas qu'on les oublie, je veux que leur avenir soit de mettre en garde, de sauver. Tel est mon combat. »
« [...] Vivre, jusqu'au bout, [...] pour rendre ma mort, la mort des miens impossible, pour que toujours, tant que dureront les hommes, il y ait l'un d'eux qui parle et qui témoigne au nom de tous les miens. »
↑ Martin Gray, récit recueilli par Max Gallo, Au nom de tous les miens, éd. Robert Laffont, Paris, 1971 ; coédition Robert Laffont-Opéra Mundi, Sélection du Reader's Digest, 1972, p. 171
↑ martin-gray.fr, Bibliographie commentée, avec des extraits, sur le site officiel de Martin Gray [archive]
↑ Hélène McClish (2004), « Martin Gray : Au nom de tous les hommes [archive] », LeLibraire.org. Consulté le 24 janvier 2008
↑ Martin Gray, Au nom de tous les miens, rééd. Pocket, 1998, p. 9.
↑ Au nom de tous les miens, Martin Gray (ISBN 2-266-12221-5)
Ce document provient de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Gray ».


Martin Gray
Le survivant

Par France Denis
profil@fcfq.qc.ca



Toute sa vie, la mort lui a soufflé dans le cou. Après l'avoir traquée durant les années où il vivait dans le ghetto de Varsovie, elle a d'abord frappé sa mère et ses jeunes frères qui ont été gazés dans un camp de la mort. Quelques semaines plus tard, il voyait son père tomber sous les balles lors d'une rafle nazie. Après la guerre, il reconstruit sa vie aux États-Unis puis en France où le destin lui devait bien de le laisser vivre des moments plus heureux. Mais celui-ci a plutôt choisi de le plonger encore dans le drame de voir sa femme Dina et ses quatre enfants périr dans un incendie de forêt en 1970. C'est l'écriture du livre Au nom de tous les miens qui l'a sauvé du désespoir. Ce livre fut traduit en 26 langues, s'est vendu à 30 millions d'exemplaires et a été porté à l'écran. Parlant six langues, Martin Gray donne aujourd'hui des conférences partout à travers le monde, afin de mettre en garde les jeunes contre des actes de folie possible. À 85 ans, ce père de 5 enfants rendrait fier son père qui lui rappelait : « Souviens-toi que la vie est sacrée ».

En 2004, vous avez publié votre 12e livre Au nom de tous les hommes alors que vous aviez choisi de ne plus écrire. Qu'est-ce qui vous a remis à l'écriture ?

C'est la recrudescence de l'antisémitisme et du fanatisme qui a provoqué cette nécessité. Il m'a suffi d'entendre « Mort aux Juifs » ou « Sale Arabe ». Ma fille m'a raconté avoir vu dans une gare un jeune Juif attaqué, insulté, blessé. Cette haine a accompagné ma jeunesse à Varsovie, dans cette Pologne antisémite où j'ai grandi. Sachant cela, je ne peux pas me taire. Je ne peux pas admettre que le monde n'apprend rien de nos expériences.

Votre livre est à la fois vibrant de colère et rempli d'espoir. Quel est votre message ?

Ce que je veux, c'est alerter, être ce que j'appelle un « démineur ». Je crois que ce qu'on attend de moi c'est que je sois la voix d'un témoin qui doit crier ce qu'il a vu, vécu, ressenti. Comme si tous ceux qui m'ont aimé et qui ont disparu exigeaient de moi que je prenne la parole. Écrire, c'est une manière de les faire revivre. Mais je ne suis pas seulement un homme qui crie, ma vie est aussi faite d'espérance.

Comment s'est passée votre enfance à Varsovie ?

J'ai très peu de souvenirs de mon enfance. Je me souviens avoir vécu dans une famille unie où régnaient l'amour et la fraternité. Je suis devenu adulte d'un seul coup quand la guerre a éclaté. J'étais adolescent et tout d'un coup, je suis devenu une bête traquée poursuivie par des gens qui voulaient me tuer. Moi qui n'avais connu que l'amour, de brusquement faire face à ces animaux au visage d'homme fut une expérience terrible.

Qu'avez-vous ressenti à la mort de vos parents et de vos frères ?

Ma douleur s'est transformée en combat pour la liberté. C'est la haine qui m'a poussé vers l'avant. C'est terrible à dire, mais la haine est une force. J'avais une haine profonde envers ces bourreaux qui ont tué non seulement mon père, ma mère et mes frères, mais tous les miens autour de moi. J'ai perdu 110 membres de ma famille dans l'Holocauste. C'est ma haine qui m'a poussé dans la résistance puis dans l'armée russe vers la victoire. Quand nous sommes entrés victorieux en Allemagne, je voulais tous les tuer. J'ai vu dans les yeux des hommes, des femmes et des enfants allemands la même frayeur que ce que j'avais vu chez les miens. Alors, je me suis demandé comment je pouvais me venger contre des innocents. Ma haine a disparu pour laisser toute la place à l'amour. À partir de ce jour, l'amour m'a toujours comblé.



Vous avez deux jeunes fils qui sont à l'âge qu'avaient vos frères durant la guerre. Quand vous les regardez, pensez-vous à vos jeunes frères qui n'ont pas survécu ?

J'ai peu connu mes frères. Comme je n'ai pas de souvenirs d'avant la guerre, j'ai eu peu l'occasion de les connaître. Lorsque le mur a été érigé pour former le ghetto de Varsovie, je passais la journée à le traverser en contrebande pour rapporter de la nourriture à ma famille. Je regrette beaucoup de ne pas avoir mieux connu mes frères. Quand je regarde des photos de ma famille aujourd'hui, ça me fait mal de ne pas en savoir plus sur eux.

Après la guerre, vous avez fait fortune puis vous vous êtes installés en France avec votre femme Dina. Les 10 années qui ont suivi ont-elles apaisé les douleurs de votre passé ?

Je n'ai jamais oublié les miens, mais je pouvais maintenant avoir le bonheur de transmettre la vie, moi qui avais vu tant de gens mourir. Dina et moi avons eu quatre enfants qui baignaient dans l'amour, la musique, la joie. Ce furent des années de pur bonheur.

Puis il y a eu l'incendie de forêt. Parlez-moi des premiers mois qui ont suivi la mort de votre femme et de vos enfants.

C'était la deuxième fois que je perdais tous les miens. C'était une dévastation totale. Un médecin m'avait proposé de prendre des calmants pour m'engourdir et m'endormir quelques semaines. J'ai refusé. J'ai affronté la souffrance de façon consciente. Je ne voulais pas souffrir, mais je ne voulais pas oublier les miens.

Durant un an, j'ai passé des nuits à regarder des photos, à frapper ma tête contre le mur, à hurler ma douleur, à serrer contre moi les jouets de mes enfants. La mort de ma famille était comme un cyclone qui m'aspirait vers la mort.

Vous vouliez intensément des enfants pour faire revivre vos frères disparus trop jeunes. Avec la mort de vos enfants, avez-vous revécu la peine d'avoir perdu vos frères ?

La mort de ma famille a rouvert la plaie de la mort de mes parents et de mes frères. Toutes les douleurs se sont confondues. C'est comme si, 30 ans plus tard, le Mal s'était échappé du camp d'extermination de Treblinka pour accomplir son œuvre et me terrasser.

Vous aviez vu plusieurs hommes s'enlever la vie lorsque vous étiez au camp de la mort. Pensiez-vous à eux ?

C'était omniprésent en moi. Les plus vigoureux d'entre nous avaient été affectés à l'horrible tâche d'extraire les corps des chambres à gaz pour les jeter dans des fosses communes. Nous trouvions parfois des enfants qui respiraient encore. Nous les achevions de nos mains pour mettre fin à leur souffrance. Certains de mes camarades y ont vu leur femme, leurs parents, leurs enfants. Lorsque l'un de nous devenait trop épuisé, il était poussé dans la fosse. Alors, chaque nuit, des hommes désespérés se pendaient à une poutre avec leur ceinture, afin d'échapper à cet enfer. Tant de fois j'ai tenté de les convaincre de ne pas se tuer, de ne pas abandonner. Leur souvenir me revenait lorsque j'ai songé moi-même au suicide. Je voulais vivre pour témoigner à leur place. Il m'est arrivé souvent de penser que survivre était ma malédiction.

Où avez-vous puisé la force de revivre après la mort de votre femme et de vos enfants ?

J'ai fait appel à mon père durant cette période : il m'avait dit « La vie est sacrée. Il faut que tu vives, que tu témoignes, que tu continues notre peuple. Tu dois aller jusqu'au bout. » Ces mots venaient de très loin, comme s'ils venaient d'Abraham.

J'avais tellement souvent échappé à la mort durant la guerre qu'il me semblait impossible de me l'arracher maintenant, même si cela aurait mis fin à ma souffrance. Durant plusieurs mois, je ne voulais plus vivre. Mais des millions de personnes ont été abattues, je devais vivre pour raconter leur histoire et les faire vivre à travers moi.

C'est alors que vous avez écrit Au nom de tous les miens ?

Dina m'encourageait depuis longtemps à écrire l'histoire de ma vie. Elle m'avait fait aménager un bureau dans notre maison afin que je puisse m'y consacrer. Un jour, j'ai pris la résolution de ne pas oublier Dina et les enfants, mais de ne pas me laisser étouffer par le désespoir de les avoir perdus. J'ai survécu en écrivant Au nom de tous les miens. Témoigner a été ma façon de continuer de vivre.

Et le livre a été un succès mondial.

Pour moi, le succès du livre n'est pas dans le nombre de copies vendues. J'en étais heureux, car tous les droits sont allés à différentes fondations humanitaires, écologiques ou culturelles. Mais le succès de ce livre, c'est ce qu'il a fait à chacun de mes lecteurs.

Une fois mon livre publié, j'ai commencé à recevoir des dizaines, puis des centaines de lettres de lecteurs de toutes les couches sociales, tous touchés par mon livre. Parce qu'ils avaient trouvé à travers mon destin et ma vie leur courage à eux. Donc, ce que je leur ai donné, ils me l'ont rendu mille fois avec leurs lettres. Avec les années s'est forgée une chaîne de fraternité avec les lecteurs. Et j'ai trouvé une forme de paix.

Et puis vous avez créé la Fondation Dina Gray.

Oui, c'était une autre façon de donner un sens à la tragédie. La Fondation Dina Gray œuvre à la prévention des incendies de forêt et la protection de l'homme à travers son cadre de vie.
En toute modestie, nous avons fait beaucoup en France. Notre action a contribué à réduire le nombre d'incendies de forêt et le nombre de morts dans les incendies.



Martin Gray dans son bureau avec la photo de sa femme Dina

Qu'est-ce qui vous a indiqué que vous aviez terminé votre deuil ?

Un deuil n'est jamais terminé, on est toujours en deuil. La mort ne fait pas disparaître l'amour que nous avons pour les gens. On n'oublie jamais et on ne veut pas oublier. Aujourd'hui encore, chaque matin à mon réveil, je revois mon père, ma mère, mes frères, ma femme Dina et mes quatre enfants disparus. Ils sont en moi et c'est toujours difficile. Ils me manquent toujours, mais leur souvenir me donne de la force.

Avez-vous craint de vous attacher à nouveau, d'aimer une femme et des enfants après l'incendie ?

Je me disais que je ne pourrais plus jamais aimer une femme. J'avais du mal à être en compagnie d'une femme. J'avais peur de revivre le malheur, de m'attacher et de perdre encore les gens que j'aime. Et pourtant, je me suis remarié et j'ai aujourd'hui cinq enfants.

Et comment s'est passée la naissance de vos enfants ? Avez-vous eu immédiatement de l'amour pour eux ?

Oui, et j'ai retrouvé du temps, de l'énergie et de l'amour. La naissance de ma fille Barbara en 1976 fut le plus beau jour de ma vie. Dans un de mes livres, La vie renaîtra de la nuit, j'ai dédié un petit poème à Barbara.

Avez-vous le plaisir d'être grand-père ?

Non malheureusement. Je disais récemment à mes enfants que je ne veux pas mourir avant d'avoir des petits-enfants devant moi! Les trois premiers sont en âge d'avoir des enfants, alors j'attends.

De quoi êtes-vous le plus fier aujourd'hui ?

Je suis fier de ce que mon père m'a légué et d'avoir pu partager ses enseignements avec le monde entier. Je suis fier de mes enfants. Je suis fier des actions et des projets que je mène.

Beaucoup de lecteurs de Profil vivent un deuil. Que savez-vous du deuil que vous aimeriez leur dire ?

C'est en allant vers les autres qu'on trouve la force de continuer sa vie. Tout ce que je fais aujourd'hui est comme un boomerang. Ce qui vient de moi me revient avec plus de force. Depuis 30 ans, j'ai reçu plus de 800 000 lettres de tous les pays, beaucoup provenant de jeunes qui s'inquiètent de leur avenir. Les gens disent qu'ils ont trouvé dans mes livres le courage de poursuivre. Il faut trouver la force de donner un sens à notre vie. La vie est belle malgré ce qui nous arrive. On peut toujours reconstruire, même sur les ruines.

Et comment voyez-vous la mort aujourd'hui ?

Je ne crains pas la mort, je ne crains que la souffrance. La mort est une seconde naissance pour moi. C'est une partie naturelle de la vie : on ne peut pas avoir l'un sans l'autre. La vie est un combat contre la mort, et ce combat me plaît.

Vous semblez en excellente santé. Quels sont vos projets pour les années à venir ?

J'ai un mode de vie très sain depuis l'âge de 35 ans. Je suis végétarien, je fais chaque matin un kilomètre de nage. Je n'ai jamais été aussi fort qu'aujourd'hui.

J'ai tellement de projets que je ne pense pas vivre assez longtemps pour les réaliser. J'aimerais écrire un livre sur mon père. J'aimerais aussi écrire un livre sur ce que j'ai appris de la vie saine. J'ai fait beaucoup de recherches et je voudrais les partager avec les lecteurs.

Vous avez survécu à la guerre, la faim, la torture, l'épuisement, le désespoir, la mort de toute votre famille. Au soir de votre vie, diriez-vous que ça en valait le coup ?

La vie est quelque chose d'extraordinairement beau, et transmettre cette belle vie est un événement magnifique. Il n'y a pas de plus belle chose que la vie. Il faut la vivre pleinement avec les bras tendus vers le haut pour mieux approcher l'essentiel.




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Pour joindre Martin Gray :

Martin Gray

83440 Tanneron

FRANCE

Courriel : info@martin-gray.fr



Sites d'intérêt sur Martin Gray :

Site officiel: http://www.martin-gray.fr/

Biographie et références : http://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Gray

Entrevue avec Martin Gray : http://steveproulx.typepad.com/steve_proulx/2005/06/martin_gray_le_.html

Extraits du livre Au nom de tous les hommes et photo de sa famille : http://users.skynet.be/pierre.bachy/gray_martin_aunomdetousleshommes.html

Entrevue avec Martin Gray et Corneille parue dans l'Express : http://www.lexpress.fr/mag/arts/dossier/faceaface/dossier.asp?ida=436541

Photos de Martin Gray et de sa famille décédée prises par son ami photographe David Douglas Duncan : http://www.hrc.utexas.edu/exhibitions/online/ddd/gallery/martingray/

Conférence à la Société Gatineau Monde (avec photos) : http://www.gatineaumonde.com/martingray.html

Citations extraites de ses livres :

« J'ai traversé tous les malheurs. J'ai été témoin du plus grand crime perpétré dans l'histoire des hommes. J'ai subi l'injustice. J'ai souffert de la haine. J'ai été frappé plus qu'aucun autre. J'ai connu la disgrâce de voir disparaître ceux auxquels j'avais donné la vie, et il n'est pire malheur. Et cependant, parce que j'ai côtoyé des hommes généreux, prêts à tout donner d'eux-mêmes pour les autres, parce que j'ai été bouleversé par le geste d'une mère, la beauté d'un tableau et l'infinie douceur d'une sonate, je suis heureux d'avoir connu cette aventure exaltante qu'est la Vie. »

Au nom de tous les hommes

« Dans chaque vie vient un moment où s'ouvre devant soi, à côté de soi, en soi un gouffre. Vivre c'est réussir à ne pas y tomber. Vivre c'est savoir le regarder et s'écarter. Vivre c'est avancer : c'est-à-dire croître, s'épanouir par le bonheur mais aussi apprendre à tirer du malheur sa leçon. »

« Croire c'est vouloir vivre. Vivre jusqu'au bout malgré la mort. Croire, c'est croire en la vie. Et donner la vie c'est combattre la mort. Car la vie doit chasser la mort. À chaque printemps l'arbre refleurit. Et l'automne alors, et l'hiver, ne sont plus que des saisons parmi d'autres. Il faut que l'homme apprenne à voir la mort comme un moment de la vie. »

Le livre de la vie

« D'autres enfants sont venus, cinq, qui sont rassemblés autour de moi. Je les regarde intensément : Barbara, Larissa, Jonathan, qui sont déjà de jeunes adultes. Et près d'eux, Gregory et Tom, encore enfants. À les voir si riches de leur avenir, pleins de vitalité et de joie, j'ai l'impression que ma poitrine s'emplit d'un air vif. J'oublie que je suis mortel. Et l'ombre de ce que j'ai vécu, qui stagne toujours en moi, se réduit, comme absorbée par la plénitude de cet instant. »

Au nom de tous les hommes

Biographie :
Martin Gray né à Varsovie sous le nom Mietek Grayewski.

A l'âge de 14 ans, il est arrêté par les nazis et transféré au ghetto de Varsovie. Il est un des rares juifs déportés ayant pu s'échapper de cette captivité. Il racontera cet enfer dans un ouvrage :"Au nom de tous les miens".

En 1947 il émigre aux Etats-Unis, ou il restera une douzaine d'années.

Il rejoint la France et s'installe en Provence, jusqu'en 1970 ou lors d'un incendie de forêts il perd sa femme et ses quatre enfants.

Pour surmonter ses envies de suicide, il se lance dans l'écriture comme thérapie.

Voulant perdurer le souvenir des siens, il a fondé la fondation Dina Gray (prénom de sa femme) qui a vocation la protection des forêts contre les incendies.

En 2001, il part s'installer en Belgique avec sa famille, mais revient 4 ans plus tard.

Bibliographie de Martin Gray
J'écris aux hommes de demain


Seconde Guerre mondiale

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le 1er septembre 1939, il a dix-sept ans lorsque les nazis envahissent la Pologne. Transféré dans le ghetto de Varsovie où son père travaille au Judenrat, il trouve le moyen d'en sortir en soudoyant des soldats nazis et devient ainsi un contrebandier. Plusieurs fois par jour, il fait des allers-retours pour ramener de la nourriture dans le ghetto grâce aux tramways. Lors d'une rafle, son père est attrapé pour être déporté. Grâce à ses connaissances, Martin lui sauve la vie en l'aidant à s'échapper.

Déportation [modifier]

Plus tard sa mère, ses deux frères et lui-même sont déportés à Treblinka, où sa mère et ses frères sont exterminés immédiatement. Compte tenu de sa santé physique il n'est pas tué, et travaille dans divers kommandos, dont les sonderkommandos, qui sont chargés d'extraire les corps des chambres à gaz. Il réussit à s'échapper de ce secteur et à retravailler dans les secteurs de réception des déportés. Il travaille alors dans un kommando chargé de trier le linge et de le charger dans les wagons. Il peut ainsi s'enfuir de Treblinka en se camouflant dans un wagon. De nuit, il se jette hors du train et traverse divers villages où il informe la population de ce qui se passe à Treblinka, mais personne ne le croit.

À son retour à Varsovie, il a la joie immense de retrouver son père, qu'il croyait mort, mais qui sera abattu devant ses yeux, quelques jours après lors de l'insurrection du ghetto. Il rejoint ensuite l'armée rouge où il finit la guerre, et marche sur Berlin le 30 avril 1945.

Après la guerre [modifier]

Après la guerre, il décide d'aller rejoindre sa grand-mère maternelle à New York en 1947.

Il s'y enrichit en vendant à des antiquaires américains des porcelaines et des lustres non antiques, qu'il fait fabriquer en Europe[2].




Il conquiert en 1959 l'amour de Dina, qui devient sa femme. Ils s'installent dans le sud-est de la France, non loin de Cannes.

Le 3 octobre 1970, lors de l'incendie du Tanneron, il perd sa femme et ses quatre enfants. Au bord du suicide, il reçoit un appel téléphonique anonyme, chez lui, disant : « c'est bien fait pour toi, sale juif »[1]. Après cet appel, il décide de lutter pour devenir un témoin et trouve encore une fois la force de survivre et l'écriture devient alors pour lui une thérapie. Depuis, Martin Gray s'est remarié et est père de cinq enfants. En 2001, après plus de quarante ans passés à Tanneron, Martin Gray s'installe en Belgique, à Bruxelles.

Fondation Dina Gray [modifier]

S'attachant à faire vivre le souvenir des siens, il créa la fondation Dina Gray à vocation écologique, chargé de lutter contre les incendies de forêts et pour la protection de l'Homme à travers son cadre de vie.

Président de l'Arche de la Défense [modifier]

Martin Gray a été le président de l'Arche de la Défense à Paris durant plusieurs années (1989-2001).

Controverse sur Treblinka [modifier]

Au nom de tous les miens, la biographie de Martin écrite par Max Gallo est au centre d'une polémique.

Selon Gitta Sereny[3] et Pierre Vidal-Naquet[4], la partie du récit de Gallo se déroulant à Treblinka semble romancée. Ils ont vérifié des dates, interrogé des témoins et acquis la certitude que Max Gallo avait romancé cet épisode tragique de la vie de Martin Gray et cela sans parvenir à faire la part du vécu et du fictif. Pierre Vidal-Naquet notamment ne met pas en cause Martin Gray mais la transcription de Max Gallo[5]. Les deux historiens condamnent d'une même voix le procédé de Gallo qui, en mélangeant les genres, alimente les polémiques autour de l'holocauste et le discours de négationnistes comme Robert Faurisson.

Œuvre [modifier]

Malgré une douzaine d'ouvrages publiés, Martin Gray dit ne pas se considérer lui-même comme écrivain, mais plutôt comme un témoin. « Je n'écris pas, je crie » affirme-t-il dans une interview récente[6]. Il n'est pas qu'un gardien de la mémoire : il continue de croire en un monde plus juste. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.



C'EST VRAIMENT TRISTE LE FILM QUE JAI ECOUTER DE LUII:'( ET JE VAIS LE RENCONTRER BIENTOT AVEC MON ECOLE:)

# Posté le mercredi 18 mars 2009 16:56

Modifié le mercredi 18 mars 2009 17:58

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